Crise sanitaire : une embellie qui ne profite pas à tous

Depuis le confinement, le panéliste Iri a évalué à environ 100 millions de repas par semaine la part perdue par la Restauration Hors Domicile. Le report de ces repas vers la consommation à domicile contribue au gain de chiffre d’affaires actuellement enregistré par les Grandes Surfaces Alimentaires (GSA) et dans une moindre mesure par les spécialistes du surgelé, du bio, et par les commerces artisanaux... Cependant selon le cabinet McKinsey, un tiers des consommateurs a déjà constaté une baisse de ses revenus et 82% d’entre eux sont peu confiants dans la reprise économique (enquête 24-25 mars), ce qui laisse supposer une dégradation de la valeur du panier moyen.

En ce qui concerne les GSA, elles ont d’abord bénéficié, dès la fin du mois de février, d’un effet de stockage massif de la part des consommateurs puis avec le confinement, d’un rééquilibrage entre circuits. Les hypermarchés depuis fin mars souffrent d’une baisse de fréquentation (Nielsen, -16 % des ventes en valeur en hypers de + 7 500 m2, 23 au 29 mars). En effet, seulement 6 % des Français vivent à moins de 5 minutes d'un hypermarché. En produits frais, les supermarchés assurent l’essentiel de la croissance même si le e-commerce gagne d’importantes parts de marché.

Concernant les rayons de boucherie traditionnelle et de charcuterie à la coupe des hypermarchés, environ 25% d’entre eux ont fermé au regard de tensions sur la charge des employés et d’une baisse de leur fréquentation. Selon Iri, la charcuterie coupe enregistre un recul de 10% de chiffre d’affaires sur la période du 24 février au 29 mars par rapport à la même période de 2019, dont une partie a bénéficié en report au libre-service. Mécaniquement, l’offre continue par conséquent à se resserrer autour de produits cœur de marché à plus forte rotation aux dépens des produits de spécialités à plus forte valeur.

Ce contexte pénalise les transformateurs pour lesquels la restauration et la coupe constituaient, avant crise, les principaux débouchés commerciaux mais également ceux qui n’étaient référencés que localement ou régionalement en Grandes Surfaces Alimentaires.

Contact : valerie.diot@ifip.asso.fr 
Economiste à l'IFIP, en charge des analyses sur la distribution et la consommation des produits du porc